Le Prince et la Pierre magique (extraits)

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Un jour, à la fin d'un enseignement dans le parc de Jeta, à Shravasti, le bienheureux conta ce qui suit :

« Autrefois, Roi des Rois, souverain aux immenses mérites, eut un héritier qui dans son existence précédente, avait été le fils du roi des Nagas. Dans sa vie antérieure comme dans la présente, le prince avait reçu le nom de Sarvarthasiddha, "Celui qui peut tout" car il était en réalité un bodhisattva doué d'un grand courage. L'enfant à peine né, la clarté de son corps emplissait déjà le monde entier de rayons éclatants. En grandissant, sa renommée s'étendit jusqu'aux demeures des dieux, qui descendaient tous pour lui rendre hommage.

Un jour, le prince attela son char pour aller admirer la forêt. Passant devant un vieillard tout ratatiné, le visage de Sarvarthasiddha s'assombrit : il comprit soudain la fragilité de son corps physique. L'envie de se promener le quitta, il fit demi-tour. En chemin il croisa un mendiant que richesse et beauté avaient fui, le livrant désarmé à la torture de ses émotions conflictuelles. (...)
"Cependant, si je veux donner une chance à tous les êtres qui souffrent de pénurie, il me faut prendre la mer en quête de la Pierre magique !"

Sarvarthasiddha exposa son projet à son père et obtint son accord. Il se joignit à des marchands qui partaient pour la même destination que lui. Abordant à l'île aux trésors, le prince dit à ses compagnons :

"Attendez ici en rassemblant autant de joyaux que vous le désirez. Quant à moi, je suis amplement pourvu de ces richesses-là. Ce que je cherche, et j'y consacrerai tous les efforts nécessaires, c'est la Pierre magique, celle qui à le pouvoir d'enrayer toute la pauvreté du monde. On dit qu'elle se trouve dans la demeure marine du roi des Nagas. Je vais la lui demander afin d'établir dans le bonheur et la joie tous les malheureux de notre univers de Jambudvipa. Par la vérité de ma quête, je souhaite que jusqu'à mon retour, vous n'ayez à connaître ni peur ni difficulté !"

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Courageusement, Sarvarthasiddha se mit en route vers les mondes océaniques des Nagas. Pendant sept jours, il marcha avec de l'eau jusqu'aux chevilles, pendant sept jours avec de l'eau jusqu'aux genoux, et pendant sept jours avec de l'eau jusqu'aux cou. Les sept derniers jours, il dut nager. Au bout de ce mois d'épreuves, il parvint dans une île peuplée de monstres. Les uns lançaient leur venin par les crocs, les autres par le regard. Le prince médita sur l'amour et neutralisa tous les poisons.

Il arriva ensuite au pays des esprits coléreux et agités, les Yakshas. De nouveau il médita sur l'amour jusqu'à ce que, subjugués, ils le supplient :

"Quand ta quête aura pris fin et que tu seras devenu Bouddha, puissions-nous être tes disciples et entendre ton enseignement !"

Sarvarthasiddha traversa ensuite le terrifiant royaumes des cannibales. Conquis aussi par la force de sa bonté, ils le comblèrent d'offrandes puis le prenant sur leurs épaules, ils le transportèrent en un instant au pays de Nagas.

Quel lieu de joie et de splendeurs que ce château sous-marin ! Pourtant on n'y entendait que pleurs et lamentations. Inquiet, le prince interrogea les jeunes sirènes qui nageaient alentour. Se tordant de douleur et poussant de longs soupirs plaintifs qui les enveloppaient de bulles noires, elles gémirent :

"Sarvarthasiddha, le fils aîné de notre roi est mort il y a bien longtemps mais notre chagrin ne diminue pas !"

Le prince reconnut alors son ancien palais. Soulevé d'allégresse, il y entra pour saluer ses parents d'alors. Le roi et la reine le reconnurent de loin et l'appelèrent auprès d'eux. La cour pleurait maintenant de joie.  Sarvarthasiddha conta comment il avait pris naissance dans le monde des hommes et les raisons de sa venue. Le roi lui dit :

"Mon fils bien-aimé, prends la Pierre magique au centre de ma couronne. Avec elle, tout devient possible. Et quand tu auras secouru les êtres-humains, rends-la moi s'il te plaît !"

Le coeur plein de joie et de gratitude, le prince reçut entre ses mains la gemme sans pareil et fit ses adieux.
Il était arrivé auprès du navire et de ses compagnons quand les esprits protecteurs des océans l'aperçurent :
"Montre-nous la pierre !  Montre-nous la pierre !" piaillaient-ils.
Sarvarthasiddha, sincère et droit tendit la main sans méfiance. Mais la vue du somptueux joyau qui brillait d'un éclat doré aussi vif que le soleil, éveilla la convoitise des esprits. Ils bousculèrent la main du jeune homme et la Pierre tomba au fond de l'océan.

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"Comment avez-vous pu faire une chose aussi méchante ? D'un cœur pur et aimant, je vous ai montré cette pierre gagnée au prix de tant d'efforts. En général quand les êtres contemplent une telle merveille, leurs pensées de jalousie et de rivalité s'apaisent, mais vous, vous en avez été enflammés comme d'un brasier ! Se réjouir du bien-être et du bonheur d'autrui rend votre mérite blanc et transparent comme le camphre et le monde entier vous bénit. Esprits protecteurs des eaux, rendez-moi la pierre magique ou je viderai cet océan, votre demeure !"

Sarvarthasiddha réitéra cet ordre à plusieurs reprises mais les esprits refusèrent de s'exécuter. Indra, l'un des rois des dieux, pria donc l'artisan céleste Vishvakarma de prêter au prince sa louche personnelle, assez vaste pour contenir une montagne. Le jeune homme entreprit alors d'écoper l'océan, jetant d'énormes louchées d'eau au fond de l'espace. Quand il en eu vidé les deux tiers, les esprits, n'y tenant plus, lui rendirent la Pierre. Le prince embarqua alors avec ses compagnons et le navire reprit la mer. Les vents les portèrent rapidement jusqu'à leur pays. Le roi fier de son fils l'accueillit fastueusement. La Pierre magique fut attachée au sommet d'une bannière de victoire et la nouvelle annoncée au monde entier.  Sarvarthasiddha, courageux trésor de compassion déclara :

"J'ai ramené cette Pierre aux prix d'immenses efforts, non pour mon bénéfice, mais pour aider autrui. Par la vérité de ces paroles, puisse la pauvreté disparaître ! Puissent joie et bonheur régner dans le monde entier !"

À peine avait-il parlé que, dans toutes les régions du monde, on vit tomber une pluie de pierres précieuses. Chacun des êtres se trouva comblé et la mendicité disparut.

Sarvarthasiddha rendit alors la Pierre au roi des Nagas comme il l'avait promis.

J'étais le prince  Sarvarthasiddha dit le Bouddha. »

Ce conte montrant les fruits de l'effort et de la persévérance, est la quarante-huitième feuille de la Liane magique qui exauce tous les souhaits.

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